La santé des migrants en question(s)

JEAN-MARIE ANDRÉ (SS. DIRECTION)

EDITIONS HYGÉE, 2019.

Didier Fassin, anthropologue, sociologue et médecin président du Comité pour la santé des exilés, qui préface ce livre, rappelle que ce qu’on appelle la santé des « migrants » est une catégorie construite à partir d’un double héritage : de la médecine tropicaliste (coloniale) et de l’hygiène publique qui fait des migrants « l’incarnation la plus manifeste des disparités de santé ».

Héritage problématique aujourd’hui, vu que les pathologies que connaissent les migrants « ne sont guère spécifiques », malgré la « prévalence » parfois élevée de certaines « infections ». Inversement, les problèmes de santé qu’ils peuvent connaître sont plutôt « fonction de la manière dont ils sont traités par les pays qui les accueillent » (violences, précarisations, conditions d’insalubrité, anxiétés, etc.). D’où la mise en « question(s) » de la désignation « santé des migrants ».

Jean-Marie André (économiste de la santé) rappelle quant à lui que ce livre qui se veut à destination d’un grand public est issu d’un colloque (2018) sur cette thématique rassemblant plusieurs acteurs de métiers divers autour des migrations ainsi que des migrants eux-mêmes, à partir de trois entrées : « l’état de santé des migrants à partir d’un regard sur leurs conditions », « l’accès aux services de santé » et « l’organisation des acteurs en termes de soins et d’accompagnement ».

Cette clé de compréhension permet ainsi de mieux appréhender les grandes questions de ce qu’on appelle la « santé des migrants ». Aux deux bouts de cette clé, d’un côté : « C’est quoi la santé ? Paroles des migrants », de l’autre, le sociologue Nicolas Chambon, responsable de la recherche à l’Observatoire santé mentale (ORSPERE-AMDARA) à Lyon, fait état de « nombreux individus et collectifs qui se mobilisent en solidarité avec les personnes migrantes » et conclut que « Prendre soin de la santé des personnes migrantes permet d’appréhender la personne dans sa globalité ». Entre ces deux bouts de la question, différents acteurs professionnels passent en revue : les « conditions de vie et de santé en migration », la « santé mentale des migrants », les « mineurs non accompagnés » ; les questions d’ »assurance » et « d’accès aux soins ». Autant dire, un regard qui balaie tout le spectre de ce que « santé veut dire ».

Abdellatif CHAOUITE

 

Cet article a été publié dans la revue ÉCARTS D’IDENTITÉ # 133

 

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