Un siècle de réfugiés

Photographier l’exil

BRUNO CABANES

ED. DU SEUIL NOVEMBRE 2019.

« si on nous sauve nous nous sentons humiliés

et si l’on nous aide nous nous sentons rabaissés« 

Hanna Arendt, Nous autres refugiés, 1943

 

C’est avec ces mots d’Hanna Arendt que s’ouvre l’imposant livre de Bruno Cabanes qui pose en fait cette difficile question : comment photographier l’exil ? Le livre montre plus d’un siècle de la photographie de l’exil. Très peu de temps après la naissance de la photogarphie en 1839 apparaissent les premières images de champ de bataille et de combattants pendant la première guerre de Crimée (1853-1856) et la guerre civile américaine (1861-1865). Bruno Cabanes de préciser que le but était d’ « exciter la charité, promouvoir l’aide, le développement et le secours », c’est au moment de la première guerre balkanique (1912-1913) que la photographie s’empare « du grand sujet des refugiés ». Depuis nous pouvons dire que cette question hante le travail photographique de certaines et certains photographes ; Bruno Cabanes de préciser quant à lui : « que la photographie humanitaire fut un moteur puissant de la lutte cotre l’indifférence ».

Son livre fait écho au travail réalisé l’an dernier Une histoire de la guerre du XIXe siècle à nos jours; livre que Bruno cabanes avait coordonné. C’est dans cet ouvrage que Daniel Cohen signale que « selon les statistiques du Haut Commissariat aux Réfugiés, 1 humain sur 113 est demandeur d’asile, déplacé intérieur ou refugié ». Chiffre considérable qui traverse les photos reproduites par Bruno Cabanes avec les longues files de migrantes, migrants et l’existence des camps ; il consacre un chapitre à l’encampement du monde.

Il faut prendre le temps de lire les photos, saisir l’interrogation d’un regard, la puissance insoupçonnée de la vie toujours présente. Nous devons aussi accepter de nous interroger : que faisons-nous quand nous regardons ces photos ? Que fait le ou la photographe qui les prend ? Une jeune génération se pose cette question nous dit Bruno Cabanes en citant Alfredo Jaar: « A chaque fois que l‘on montre une image sans son contexte, on assassine l’image, et les causes qui l’ont faite » et pour ce faire il faut accepter de détourner les codes traditionnels de la photographie humanitaire. Pour cela il faut que les réfugiés participent au récit de leur propre vie, de leur propre expérience. Avec l’objectif que peut être « la mise en image par les réfugiés de leur odyssée, imposera un récit alternatif aux fantasmes d’invasion, qui menacent les valeurs sacrées de l’hospitalité et de l’asile. Il y a là une volonté d’humaniser le regard aussi bien celui du photographe que celui du regardant. »

Le livre se termine par une annexe faite de cartes, sur les camps et sur les chemins de l’exil.

Bruno GUICHARD

 

Cet article a été publié dans la revue ÉCARTS D’IDENTITÉ # 133

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