TOUT AUTOUR. UNE OEUVRE COMMUNE
Pour la création d’une archive des actes d’hospitalité ayant lieu aujourd’hui et demain tout autour de la mer Méditerranée

Une proposition du PEROU
https://www.perou-paris.org/

Le PEROU est co-fondé en octobre 2012 par le jardinier et poète Gilles Clément et le politologue et auteur Sébastien Thiéry. Pendant 7 ans, l’organisation rassemble artistes, architectes, chercheurs au beau milieu de situations de grande précarité urbaine afin de magnifier et faire s’amplifier les gestes d’hospitalité qui s’y affirment. Dans les bidonvilles d’Île-de-France ou dans la Jungle de Calais, dans les squats d’Avignon ou sur les trottoirs de Paris, des projets de recherche-action naissent à la rencontre de personnes migrantes, sans-abri, Roms, ainsi que de celles et ceux qui leur viennent en aide. Diverses formes de créations collaboratives en résultent : architecturales, photographiques, éditoriales, plastiques, performatives, etc. Chacune témoigne de ce qui s’invente dans ces confins : des lieux, des solidarités, des langues, des gestes, des rêves, des imaginaires qui tracent la perspective d’autres avenirs possibles. Les actions du PEROU consistent précisément en cela : reconnaître ces avenirs possibles et contribuer à les faire advenir, notamment au moyen de diverses formes d’intervention en situation comme sur les scènes politiques et juridiques.

Prolonger l’écriture du texte TOUT AUTOUR. Une oeuvre commune.

En 2017, le PEROU ouvrait l’écriture de Tout autour. Une oeuvre commune, inventaire collaboratif des actes d’hospitalité qui ont lieu et font lieu sur le parcours des personnes migrantes en France. Cet inventaire était publié sous de multiples formes, et déposé dans la collection du FRAC Centre-Val de Loire telle une archive inaliénable, ineffaçable (voir la documentation de ces formes de publication plus bas).
Depuis 2019, Sébastien Thiéry, lauréat de l’Académie de France à Rome, rejoint la Villa Médicis pour y développer le projet intitulé Ecrire Décrire Inscrire l’acte d’hospitalité au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Il s’agit de réunir les pièces nécessaires à une requête auprès de l’Unesco visant à faire reconnaître l’acte d’hospitalité au patrimoine mondial. Face à la violence qui gouverne, il s’agit d’affirmer combien nous tenons aux actes d’hospitalité qui ont lieu aujourd’hui, et combien ils nous font collectivement tenir.
Pour les besoins de cette requête, il nous faut aujourd’hui élargir cet inventaire et renseigner ainsi le chapitre 4 du formulaire ICH-01 titré : Participation et consentement de la communauté dans le processus de candidature. Ci-bas, nous présentons un fragment du texte Tout autour. Une oeuvre commune. Ce fragment est pensé tel un protocole, au sens littéral de « premier rouleau ». Il se veut donc un texte en devenir, un fil d’écriture que, par cet appel, nous proposons à d’autres de prolonger, d’augmenter, d’élargir, de mettre en commun.

 

TOUT AUTOUR. UNE OEUVRE COMMUNEpremier fragment de notre archive commune, à lire, afficher, publier, transmettre, augmenter

Martine D., 69 ans, retraitée demeurant à Calais, propose à Ramzi B., mineur afghan, de prendre une douche chez elle le 17 février. Après que celui-ci s’est lavé dans la salle de bain située à l’étage, il redescend dans la cuisine, où Martine D., aux fourneaux, lui propose de partager un repas. Ramzi B. lui répond qu’il souhaite seulement boire un grand bol de lait et lui demande de le faire réchauffer en y ajoutant progressivement une très grande quantité de sucre.

Charlotte K., retraitée habitant Sainte-Marie-aux-Mines, est bénévole aux Restos du coeur de la ville. Elle connaît le prénom et prend soin de satisfaire les goûts alimentaires de chacun des réfugiés du Centre d’accueil qui viennent régulièrement déjeuner dans les locaux de l’association. Le 25 mars, une fois son service achevé, la vaisselle faite et rangée, Charlotte K. passe plusieurs coups de téléphone et entreprend les diverses démarches qui permettent à Zekrullah M., réfugié afghan de 23 ans, de retrouver son sac qu’il a oublié dans le bus.

Camille S., 47 ans, couturière, domiciliée à Tarnos sort de son garage, le 17 février à 11 heures, un vélo pour homme. Elle le dépoussière, regonfle les pneus et se rend avec place de l’Église. Elle y retrouve Janice O., 22 ans, Érythréen, à qui elle donne le vélo. Elle rentre ensuite chez elle à pied par l’avenue Lénine

Emmanuelle A., gérante de magasin, domiciliée à Pau, offre le 22 mars à Rafa T., Afghan âgé de 15 ans, une paire de baskets montantes en cuir taille 43, coloris bleu marine.

Simon K., 31 ans, serveur demeurant à Pantin, retrouve Kiros M., Éthiopien âgé de 22 ans, dans un café de l’avenue Jean-Jaurès à Aubervilliers le 1er juillet à 16 heures 30. Simon K. nomme les objets et matériaux composant l’intérieur de l’établissement. Il décrit ensuite les actions qu’ils voient se dérouler dans la rue. Kiros M. répète les mots et les phrases plusieurs fois, jusqu’à ce qu’un signe approbateur de Simon K. lui signifie que sa prononciation est correcte. Ce cours de français se poursuit ainsi pendant une heure.

Michaël B., 55 ans, chômeur, domicilié en banlieue nantaise, dispose de bonnes connaissances horticoles et botaniques. Il passe une partie de ses journées à récolter légumes et plantes sauvages comestibles dans la campagne environnante. Presque chaque soir, il en fait une soupe qu’il apporte ensuite à un groupe de migrants vivant à cinq stations de bus de chez lui. Le 11 mars, le potage qu’il a cuisiné se compose de carottes, panais et tétragones. Michaël B. y ajoute crème fraîche et persil avant de charger sa cocotte hermétiquement fermée sur un cabas à roulettes et de sortir de chez lui. Il est 19 heures 30.

Bernard T., 51 ans, menuisier, demeurant à Dunkerque, réserve une partie de son garage au stockage de planches, outils, clous, et sciure qu’il collecte depuis le début de l’année. Le week-end avec sa camionnette, il livre ces matériaux dans les divers campements des Hauts-de-France pour que les migrants consolident leurs installations. Bernard T. y construit aussi des toilettes sèches et traduit en anglais un document qui en explique le fonctionnement.

 

Nous faisons donc aujourd’hui appel à des correspondants tout autour de la mer Méditerranée afin:

  • qu’elles et ils lisent, affichent, publient, transmettent ce premier rouleau de notre archive commune ;
  • qu’elles et ils recueillent à partir de celui-ci de nouveaux témoignages relatifs à ces gestes ordinaires, à ces mouvements quotidiens, à ce que l’on n’a pas coutume de reconnaître comme une part décisive de notre histoire, et ce suivant des protocoles et procédures qui demeurent à inventer et réinventer : à la rencontre de celles et ceux qui écrivent en actes cette histoire, à la rencontre des personnes migrantes qui plus que quiconque ont cette histoire en mémoire, à la force de correspondances à mettre en place avec celles et ceux qui, ici ou là, en tant que «personnes aidées»
    ou «personnes aidantes», font l’hospitalité ;
  • qu’elles et ils transcrivent ces témoignages dans leur propre langue et dans la forme qu’elles et ils considèrent la plus à même de faire entendre ce à quoi ces actes donnent lieu;
  • qu’elles et ils s’attachent a minima à poursuivre la scansion des prénoms de celles et ceux qui font l’hospitalité pour faire apparaître ainsi, à même le texte, la communauté de celles et ceux qui font vivre notre patrimoine et qui consentent donc à faire reconnaître ces gestes au Patrimoine mondial ;
  • qu’elles et ils prennent ainsi part à la constitution de l’archive contemporaine et plurilingue des gestes d’attention, de bienveillance, de fraternité, d’amitié que nous avons en commun, et que nous lirons, publierons, chanterons chemin faisant ;
  • qu’elles et ils nous fassent parvenir cette archive en cours afin que nous l’enregistrions avec des auteurs et artistes au sein des Ateliers Médicis de Clichy-Montfermeil et de l’association Quartier Rouge à Felletin.
  • qu’elles et ils instruisent avec nous, par cette écriture plurielle et manifeste, la requête auprès de l’Unesco que nous déposerons ensemble début 2021 au siège de l’institution.
    FRAC

CONTACTS DU PEROU :
– Sébastien Thiéry, coordinateur des actions : contact @ perou-paris.org
– Lucie Degenne, chargée de projet : hospitalite @ perou-paris.org

Site du PEROU
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